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Message par Nadou le Lun 3 Sep - 15:27

En Russie, les stigmates de Dzerjinsk, ex-capitale soviétique de l’industrie chimique
Contaminations (2/7). A 400 kilomètres à l’est de Moscou, ce territoire qui fabriquait des armes chimiques est l’un des plus pollués de Russie.


De la route en terre s’élèvent d’épaisses volutes de poussière. Au bout, c’est un décor de fin du monde qui nous attend avec, au milieu d’une forêt de bouleaux éventrée, un trou noir. De cette masse informe d’une centaine de mètres de circonférence, profonde comme un immeuble de sept étages inversé – peut-être plus, allez savoir, personne ne l’a jamais mesurée précisément – surgissent des bidons, rouillés, tordus, qui paraissent hors d’âge. Impossible de s’aventurer plus loin que les bords : le sol, mou, se dérobe. Des fils gluants comme du chewing-gum s’étirent sous la semelle. L’odeur, exacerbée par un soleil de plomb inhabituel au printemps, est suffocante.
De l’autre côté de la piste, quelques foulées dans l’herbe sèche mènent tout droit à un immense toit de tôle, sorte de hangar désaffecté sous lequel sont dissimulés des monticules de terre, de gravats et de plaques d’amiante. Une côte à gravir et l’on débouche sur une énorme cuvette de boue aux tons multiples qui exhale cette fois des remugles de dissolvants. Dans un coin, un long tuyau à bout de souffle maintenu en hauteur crache une eau couleur orange vif qui retombe en glougloutant sur le sol. D’ici, des cheminées d’usine se distinguent nettement. Certaines tombent en ruine, leurs flancs couverts de touffes d’herbe. D’autres fonctionnent encore.






Chaque jour, quelque 500 camions déposent dans cette déchetterie les ordures ménagères de la ville de Nijni Novgorod, qui compte environ 1 300 mille habitants, ce qui revient à près de 4 millions de mètres cubes de déchets par an. Depuis 5 ans la décharge était un lieu d’incendie permanent, rejetant dans l’air du CO2 -générant un effet de serre- ainsi que des gaz toxiques. Parfois la fumée était telle que le trafic routier en était perturbé et le manque de visibilité avait causé un accident impliquant 40 voitures sur l’autoroute reliant Moscou à Nijni Novgorod. Les associations écologiques locales accusent la société chargée de l’exploitation du site d’avoir volontairement déclenché les incendies afin de libérer de l’espace.
Il y a quelques années que le site attire l’attention de journalistes russes et étrangers, mais il n’est pas facile de le visiter : tous les accès sont très surveillés, comme s’il s’agissait d’une base militaire. Selon les militants écologistes, la police y avait interpellé récemment un groupe de journalistes français qui avaient tenté d’y faire un tournage et une fois au poste de police on leur aurait expliqué que seules rues du centre-ville de Dzerjinsk étaient autorisées à êtrefilmées. Mais cette commune elle-même est devenue symbole du désastre écologique. Dans les années 1980, elle a été mentionnée dans le Livre des records comme étant la ville la plus polluée du monde, alors que l'ONG Blacksmith Institute, dans son classement 2007 des dix sites les plus pollués au monde, lui a attribué la 7-ème place, devant Tchernobyl -un site placé au 9 ème rang.
CO2 et méthane
La ville de Dzerjinsk était, dans le passé, la « capitale » de l’industrie chimique de l’URSS, et de nombreux déchets de cette production avaient été rejetés sans aucun traitement pendant plusieurs décennies. Cela a contaminé la nappe phréatique et le risque pour la rivière Oka est toujours présent alors que c’est là qu’est puisée l’eau pour alimenter les réseaux de distribution de Nijni Novgorod voisine.

En ce qui concerne la déchetterie même, sa fermeture a été décidée dans un an et demi, sous la pression des associations et de la population locale. Quant à l’incendie, il a été arrêté après une visite du gouverneur de la région qui, dans le style de Vladimir Poutine, en a fait l’injonction à la société exploitante en menaçant d’annuler son contrat si les plaintes des riverains continuaient. Mais cela n'a pas résolu le problème pour autant : les déchets restent dangereux, émettant lors de leur décomposition du CO2 et du méthane. Mais il n’est pas facile d’estimer la quantité des déchets accumulée en 25 ans : sur la seule année 2008, il en a été déposé 560 mille tonnes et, sur 1 km2, s’élèvent des montagnes d’ordures atteignant les 20 mètres de hauteur.


Des chiffres issus essentiellement de l'industrie chimique


Le problème est que cette déchetterie, bien que la plus grande en Europe, n’est pas la seule : le tri sélectif et le recyclage en Russie sont encore pratiquement inexistants et les ordures sont, dans le meilleur des cas, incinérées. Ces décharges deviennent ainsi source importante de gaz à effet de serre dont les émissions sont difficiles à évaluer.
Les responsables russes se targuent régulièrement d'enregistrer une réduction de 40% du volume des émissions de la Russie -alors que l’UE parlait seulement de 20% pour 2020. Toutefois, cette réussite n’est pas le fruit d’une politique coordonnée, mais plutôt une conséquence de la baisse de production industrielle depuis la chute de l’URSS -alors qu’à l’époque on ne se souciait guère de l’écologie. A noter par ailleurs le fait que les chiffres dont opère l’administration russe sont issus avant tout des statistiques de l’industrie, où l’on peut mesurer le volume de rejets avec une certaine précision, alors que la quantité des gaz provenant des nombreuses décharges n’est connue ni des écologistes, ni de l’Europe, ni des Russes eux-mêmes.
 

En 1979, le Comité d’État au Travail et aux Questions Sociales de l’URSS prit une résolution faisant perdre leurs bonus sur le résultat aux ingénieurs coupables de ne pas respecter la réglementation pour la préservation de l’environnement. Des directeurs se sont même vus infliger des amendes à titre personnel. Mais le propriétaire des sites industriels, L’État soviétique, ne risquait absolument rien. En Hongrie, des journalistes avaient dénoncé le manque de réaction du gouvernement face à la pollution croissante et aux violations répétées de la loi sur l’environnement.

La catastrophe nucléaire de Tchernobyl (1986) avait favorisé l’émergence d’un mouvement écologiste en Union Soviétique et à la création en 1988 d’un Comité pour la Protection de l’Environnement de l’URSS, qui deviendra en 1991 le Ministère de l’Environnement de la Fédération de Russie. La nouvelle Constitution russe, adoptée en 1993, prévoyait le droit des citoyens à un “environnement sain” et à une “information fiable sur l’état de l’environnement”. La transparence n’est cependant pas le point fort de la Russie. La Loi sur la Sécurité de 1993 considérant l’écologie comme faisant partie intégrante de la sécurité du pays, toute information sur l’état de l’environnement relevait du secret d’État et ne pouvait être divulguée. La politique environnementale de la Russie s’était très rapidement heurtée aux réalités économiques qui ont suivi la fin de l’Union Soviétique. En 2000, l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine a mis fin au Ministère de l’Environnement. Les préoccupations environnementales furent alors transférées au Ministère des Ressources Naturelles et classées comme secret d’État. Sous prétexte d’éviter des mouvements de panique dans la population, le Ministère des Ressources Naturelles classifia en février 2003 toutes les informations relatives à la prévision des catastrophes naturelles. La situation n’était pas meilleure dans les ex-satellites de l’Union Soviétique qui ont eux aussi préféré maintenir leur économie en délaissant les préoccupations écologiques.

La politique irresponsable de Poutine a eu des effets catastrophiques sur l’environnement, si bien qu’en 2012, Medvedev déclarait “15% du territoire russe est dans un état écologique critique”. 

Selon le Ministère des Ressources naturelles et de l’Écologie, le pays se réchaufferait 2 fois et demi plus vite que la moyenne mondiale. Il n’y a pas que le réchauffement climatique. Le lac Karatchaï est fortement contaminé par les déchets radioactifs enfouis depuis 1949. L’Oural, véritable poumon économique de la Russie, concentre toujours une forte pollution radioactive, conséquence de la catastrophe nucléaire de Tchéliabinsk (1957). A Norilsk en Sibérie, plus grand centre industriel métallurgique au monde, la nature a complètement disparu dans un rayon de 60 km du fait de la concentration de métaux lourds dans le sol (nickel, cuivre). C’est même le 8ème site le plus pollué de la planète en 2007, selon l’ONG Blacksmith Institute (devenue Pure Earth en 2015). Le 7ème site le plus pollué est aussi situé en Russie. C’est la région de Dzerjinsk, qui après avoir accueilli pendant la Guerre Froide le principal complexe de production d’armements chimiques, s’est convertie dans l’industrie chimique. Pas moins de 300000 tonnes de déchets chimiques y auraient été entreposés entre 1930 et 1998 et contaminent aujourd’hui les réserves d’eau potable (arsenic, mercure, dioxine). Cependant, le bilan est plus contrasté qu’il n’y parait et en 2015, l’organisation Global Footprint Network a indiqué que la Russie est un des 57 pays (sur 181) préservant ses ressources (réserve en biocapacité), notamment grâce à sa capacité forestière (le territoire est couvert à 60% de forêts) qui compense largement son empreinte carbone. 2007 a même été déclarée en Russie “Année de l’Écologie“. De nombreuses initiatives devraient être prises en faveur de l’environnement. C’est le cas notamment de l’application de la loi sur le “Bouclier vert” visant à constituer des ceintures vertes de forêts et de parcs pour améliorer la situation de l’environnement dans les mégalopoles.


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Message par Nadou le Lun 3 Sep - 15:33

135000 personnes affectées par la pollution de l’industrie lourde à Norilsk





Ville industrielle de Norilsk, Sibérie, Russie (69°20’ N – 88°13’ E). © Yann Arthus-Bertrand/Altitude
Située en Sibérie, la ville russe de Norilsk est considérée comme l’un des 10 sites les plus pollués au monde par le BlackSmith Institute, une ONG américaine. Les habitants de cette cité minière et industrielle ont une espérance de vie inférieure de 10 années à la moyenne nationale russe. La ville fondée en 1935 abrite le plus grand complexe métallurgique au monde. Chaque année, les industries lourdes rejettent dans l’air 500 tonnes de cuivres, 500 tonnes d’oxyde de nickel et 2 millions de tonnes de dioxyde de soufre. Cette contamination par les métaux lourds se retrouve également dans les sols dans un rayon de 60 km autour de la cité minière.



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Message par Nadou le Lun 3 Sep - 17:58



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Message par elaine le Lun 3 Sep - 18:03




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