Macron peut-il s'en sortir ?

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Message par Diviciac le Lun 3 Déc - 13:43

[size=36]Gilets jaunes: Macron peut-il s'en sortir ? [/size]

Comme tous ses prédécesseurs à l'Élysée, le chef de l'Etat, confronté à son tour à une grave crise sociale, veut gagner du temps. Une méthode qui s'est toujours terminée en capitulation après une très coûteuse perte de temps.

Souvent l'Histoire débouche sur l'imprévu. Qui aurait pu imaginer cet épouvantable sac de Paris ce samedi 1er décembre, cette violence aveugle ? Comment peut-on profaner la tombe du soldat inconnu, ce lieu sacré qui rassemble tous les Français, trois semaines après qu'on y a célébré la fin de cette effroyable boucherie que fut la Première guerre mondiale ? Evidemment, ces gilets jaunes venus manifester dans la  capitale ne sont pas tous coupables de ces exactions inacceptables. Une petite minorité les a débordés, transformant cette manifestation en un moment de barbarie. La condamnation indispensable de ces actes ne doit pas, cependant, occulter le malaise profond qui traverse le pays et que le pouvoir doit impérativement à présent traiter sauf à voir la situation se dégrader plus encore.
Certes, cette vague jaune est difficile à cerner car rien ne l'encadre en dépit de toutes les tentatives de récupération. La plus pathétique et la plus indigne est sans doute celle de François Hollande. La plus irresponsable, celle de ces pousse-au-crime que sont l'extrême gauche et l'extrême droite. Plus préoccupant, tous les mécanismes de la démocratie représentative sont, aujourd'hui, en court-circuit face à un phénomène inédit qui, d'ailleurs, était peut-être inscrit dans l'élection même d’Emmanuel Macron.
La grande lessive politique du printemps 2017 sanctionnait, certes, les échecs répétés de l'ancien monde, mais elle révélait aussi une attente sociale immédiate, un ras-le-bol qui, depuis 18 mois, s'est amplifié, de plus en plus compressé comme un gaz dangereux, jusqu'à exploser aujourd'hui. Difficile donc, dans l'atmosphère instable et insaisissable de cette crise, de lui trouver des réponses ou des solutions en explorant les événements sociaux ou politiques du passé. Il faut, d'ailleurs, comme l'a écrit Paul Valéry dans Regards sur le monde actuel, prendre l'Histoire très au sérieux, car on peut y trouver ce qu'on veut pour tout justifier. L'évocation des années 30 et de la peste brune par Christophe Castaner, le ministre de l'Intérieur, et Gérald Darmanin, le ministre de l'Action et des Comptes publics, la semaine dernière, illustre les errements de certaines analogies historiques. Néanmoins, l'examen des multiples révoltes sociales et politiques sous la Ve République montre que la voie pour sortir des périodes de haute tension sociale est toujours très étroite.

Le temps grappillé par le pouvoir est du temps perdu

Le général de Gaulle par deux fois fut ainsi pris dans une impasse. Du 1er mars 1963 au 5 avril de la même année, son gouvernement doit affronter une grève générale des mineurs des Charbonnages de France. Leur principale revendication est un rattrapage salarial de 11% par rapport aux mineurs du secteur privé. Faute de trouver un accord avec les syndicats, le pouvoir réquisitionne les Houillères. Le mouvement se durcit et, au bout de trois mois de troubles, le gouvernement alors dirigé par Georges Pompidou, accusé par sa propre majorité d'insensibilité technocratique, concède une augmentation de 8% alors qu'il proposait 5,77% avant le conflit. Le scénario se reproduit en mai 1968 : devant la révolte étudiante, vite relayée par un immense mouvement ouvrier, le pouvoir cherche à rétablir l'ordre public mais il temporise face à une crise qu'il ne comprend pas. Il gagne donc du temps et finit, grâce à la CGT, par ouvrir une négociation qui débouche après un mois de « chienlit » sur les accords de Grenelle et la plus forte hausse du SMIC (alors appelé le SMIG) jamais accordée : 35% et 10% en moyenne pour les autres salaires ! Un mois de tergiversations, une économie en berne pendant des semaines pour en arriver là, preuve que le temps grappillé par le pouvoir est en fait du temps perdu.
Il en va, d'ailleurs, toujours ainsi : soucieux de préserver leur légitimité démocratique et leur autorité, les gouvernants refusent en général toute marche arrière immédiate quand se lèvent des vents mauvais. Ils pensent gagner à l'usure mais ils se trompent. Adopté en janvier 1984, le projet de loi Savary réformant le financement de l'école privée déclenche une gigantesque protestation puisque 800.000 personnes descendent dans la rue le 4 mars et 1 million 200.000 le 24 juin. Le pouvoir s'arc-boute pendant plus de quatre mois puis, le 12 juillet, le chef de l'Etat, François Mitterrand, sans en prévenir son ministre, retire le projet et fait diversion avec une double promesse de réforme constitutionnelle et de référendum vite oubliée. Certes, il ne reviendra pas sur le sujet mais, comme de Gaulle en 1963, il continuera à gouverner et à réformer. Preuve qu'on peut battre en retraite sans perdre tout crédit pour repartir de l'avant.
La liste noire de ces capitulations est en fait très longue. En novembre-décembre 1986, le projet de loi Devaquet, réformant l'enseignement supérieur, précipite les étudiants dans la rue, un mouvement de masse que Jacques Chirac, alors Premier ministre de cohabitation, tarde à entendre. La crise tourne à la tragédie le 5 décembre avec la mort d'un étudiant, Malik Oussekine. Dès le 8 décembre, le gouvernement retire son projet et Alain Devaquet démissionne. La leçon ne porte guère. A l'automne 1995, alors qu'il est devenu président de la République, Jacques Chirac soutient le plan Juppé sur les retraites et la réforme de la Sécurité sociale. Droit dans ses bottes, selon son expression, le Premier ministre tient à la tribune de l'Assemblée nationale le 15 novembre un discours qui semble aujourd'hui inspirer ceux d'Emmanuel Macron et d'Edouard Philippe: « L'addition des corporatismes qui existent et se manifesteront, je le sais, ne sauraient arrêter notre élan [...] Nous allons réussir ce qu'on n'a pas osé entreprendre depuis 30 ans. Il faut le faire. J'en ai l'intime conviction. Il faut le faire maintenant et il faut le faire ensemble. Ce n'est pas le sort d'un gouvernement qui se joue, c'est un enjeu national qui est en cause. » Dix jours plus tard, la fonction publique et une partie du secteur privé s'engagent dans des grèves massives, le 25 novembre 800.000 personnes sont dans la rue, puis 2 millions le 12 décembre. Trois jours plus tard, le plan Juppé est retiré puis revu à la baisse avant d'être adopté par ordonnances en janvier 1996.

Un nouveau monde social

En vérité, depuis 1958, le pouvoir est toujours perdant quand l'épreuve de force devient très dure et s'éternise. Ce fut le cas encore avec le mouvement lycéen contre le contrat d'insertion professionnelle (CIP) en 1994 suspendu par Edouard Balladur après un mois de troubles. Avec les réformes Allègre en 2000 qui conduisirent à son départ du ministère de l'Education nationale sous la pression de Lionel Jospin, alors Premier ministre. Avec la révolte contre le Contrat première embauche (CPE) retiré deux mois après son adoption en raison des manifestations lycéennes et étudiantes. Avec la révolte des bonnets rouges contre l'écotaxe en octobre 2013, abandonnée en rase campagne par François Hollande avec une perte de plus d'un milliard d'euros pour l'Etat.
Il y a certes quelques exemples contraires. Malgré neuf semaines de manifestations, Nicolas Sarkozy impose à l'automne 2010 une réforme des retraites portant l'âge minimum de liquidation des pensions de 60 à 62 ans. Emmanuel Macron, lui-même, a imposé ses lois sur le travail et sa réforme de la SNCF malgré les protestations ou les grèves. Ces deux épreuves l'ont peut-être convaincu qu'il lui fallait, cette fois encore, tenir pour triompher dans la durée. Mais le mouvement des gilets jaunes ne ressemble à aucun autre. Il est l'expression d'une nouvelle forme d'organisation démocratique qui échappe aux règles de la démocratie représentative. Tout y est horizontal et passe par les réseaux sociaux. Résultat, personne n'est vraiment représentatif et légitime pour dialoguer avec le pouvoir.
Bref, vient de surgir un nouveau monde social auquel le pouvoir répond avec une méthode ancienne : d'une part, un acte d'autorité sur le thème « nous ne changerons pas de cap » qui rappelle le ''juppéisme'' de 1995 ; d'autre part, la recherche d'interlocuteurs qui ne seront en fait jamais légitimes. En proposant un dialogue durant trois mois au plus près de la population, le Président avait pourtant sans doute ouvert la meilleure piste pour se reconnecter avec les gilets jaunes et les Français en général mais, en refusant une mesure symbolique comme un moratoire sur les taxes durant ce trimestre d'échange, il est retombé dans les travers qui ont conduit tous les pouvoirs de la Ve République à reculer dans les grandes crises sociales. Loin de gagner du temps, le chef de l'Etat, à son tour, en perd pour lui-même et, surtout, pour le pays dont l'image internationale s'abîme et l'économie souffre. Il voit même s’installer un ''chaos'' comme il l'a dit qui le laisse, pour l'heure, sans voix et sans issue
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Message par ledevois le Lun 3 Déc - 13:55

Diviciac a écrit:[size=36]Gilets jaunes: Macron peut-il s'en sortir ? [/size]

Comme tous ses prédécesseurs à l'Élysée, le chef de l'Etat, confronté à son tour à une grave crise sociale, veut gagner du temps. Une méthode qui s'est toujours terminée en capitulation après une très coûteuse perte de temps.



Souvent l'Histoire débouche sur l'imprévu. Qui aurait pu imaginer cet épouvantable sac de Paris ce samedi 1er décembre, cette violence aveugle ? Comment peut-on profaner la tombe du soldat inconnu, ce lieu sacré qui rassemble tous les Français, trois semaines après qu'on y a célébré la fin de cette effroyable boucherie que fut la Première guerre mondiale ? Evidemment, ces gilets jaunes venus manifester dans la  capitale ne sont pas tous coupables de ces exactions inacceptables. Une petite minorité les a débordés, transformant cette manifestation en un moment de barbarie. La condamnation indispensable de ces actes ne doit pas, cependant, occulter le malaise profond qui traverse le pays et que le pouvoir doit impérativement à présent traiter sauf à voir la situation se dégrader plus encore.
Certes, cette vague jaune est difficile à cerner car rien ne l'encadre en dépit de toutes les tentatives de récupération. La plus pathétique et la plus indigne est sans doute celle de François Hollande. La plus irresponsable, celle de ces pousse-au-crime que sont l'extrême gauche et l'extrême droite. Plus préoccupant, tous les mécanismes de la démocratie représentative sont, aujourd'hui, en court-circuit face à un phénomène inédit qui, d'ailleurs, était peut-être inscrit dans l'élection même d’Emmanuel Macron.
La grande lessive politique du printemps 2017 sanctionnait, certes, les échecs répétés de l'ancien monde, mais elle révélait aussi une attente sociale immédiate, un ras-le-bol qui, depuis 18 mois, s'est amplifié, de plus en plus compressé comme un gaz dangereux, jusqu'à exploser aujourd'hui. Difficile donc, dans l'atmosphère instable et insaisissable de cette crise, de lui trouver des réponses ou des solutions en explorant les événements sociaux ou politiques du passé. Il faut, d'ailleurs, comme l'a écrit Paul Valéry dans Regards sur le monde actuel, prendre l'Histoire très au sérieux, car on peut y trouver ce qu'on veut pour tout justifier. L'évocation des années 30 et de la peste brune par Christophe Castaner, le ministre de l'Intérieur, et Gérald Darmanin, le ministre de l'Action et des Comptes publics, la semaine dernière, illustre les errements de certaines analogies historiques. Néanmoins, l'examen des multiples révoltes sociales et politiques sous la Ve République montre que la voie pour sortir des périodes de haute tension sociale est toujours très étroite.

Le temps grappillé par le pouvoir est du temps perdu



Le général de Gaulle par deux fois fut ainsi pris dans une impasse. Du 1er mars 1963 au 5 avril de la même année, son gouvernement doit affronter une grève générale des mineurs des Charbonnages de France. Leur principale revendication est un rattrapage salarial de 11% par rapport aux mineurs du secteur privé. Faute de trouver un accord avec les syndicats, le pouvoir réquisitionne les Houillères. Le mouvement se durcit et, au bout de trois mois de troubles, le gouvernement alors dirigé par Georges Pompidou, accusé par sa propre majorité d'insensibilité technocratique, concède une augmentation de 8% alors qu'il proposait 5,77% avant le conflit. Le scénario se reproduit en mai 1968 : devant la révolte étudiante, vite relayée par un immense mouvement ouvrier, le pouvoir cherche à rétablir l'ordre public mais il temporise face à une crise qu'il ne comprend pas. Il gagne donc du temps et finit, grâce à la CGT, par ouvrir une négociation qui débouche après un mois de « chienlit » sur les accords de Grenelle et la plus forte hausse du SMIC (alors appelé le SMIG) jamais accordée : 35% et 10% en moyenne pour les autres salaires ! Un mois de tergiversations, une économie en berne pendant des semaines pour en arriver là, preuve que le temps grappillé par le pouvoir est en fait du temps perdu.
Il en va, d'ailleurs, toujours ainsi : soucieux de préserver leur légitimité démocratique et leur autorité, les gouvernants refusent en général toute marche arrière immédiate quand se lèvent des vents mauvais. Ils pensent gagner à l'usure mais ils se trompent. Adopté en janvier 1984, le projet de loi Savary réformant le financement de l'école privée déclenche une gigantesque protestation puisque 800.000 personnes descendent dans la rue le 4 mars et 1 million 200.000 le 24 juin. Le pouvoir s'arc-boute pendant plus de quatre mois puis, le 12 juillet, le chef de l'Etat, François Mitterrand, sans en prévenir son ministre, retire le projet et fait diversion avec une double promesse de réforme constitutionnelle et de référendum vite oubliée. Certes, il ne reviendra pas sur le sujet mais, comme de Gaulle en 1963, il continuera à gouverner et à réformer. Preuve qu'on peut battre en retraite sans perdre tout crédit pour repartir de l'avant.
La liste noire de ces capitulations est en fait très longue. En novembre-décembre 1986, le projet de loi Devaquet, réformant l'enseignement supérieur, précipite les étudiants dans la rue, un mouvement de masse que Jacques Chirac, alors Premier ministre de cohabitation, tarde à entendre. La crise tourne à la tragédie le 5 décembre avec la mort d'un étudiant, Malik Oussekine. Dès le 8 décembre, le gouvernement retire son projet et Alain Devaquet démissionne. La leçon ne porte guère. A l'automne 1995, alors qu'il est devenu président de la République, Jacques Chirac soutient le plan Juppé sur les retraites et la réforme de la Sécurité sociale. Droit dans ses bottes, selon son expression, le Premier ministre tient à la tribune de l'Assemblée nationale le 15 novembre un discours qui semble aujourd'hui inspirer ceux d'Emmanuel Macron et d'Edouard Philippe: « L'addition des corporatismes qui existent et se manifesteront, je le sais, ne sauraient arrêter notre élan [...] Nous allons réussir ce qu'on n'a pas osé entreprendre depuis 30 ans. Il faut le faire. J'en ai l'intime conviction. Il faut le faire maintenant et il faut le faire ensemble. Ce n'est pas le sort d'un gouvernement qui se joue, c'est un enjeu national qui est en cause. » Dix jours plus tard, la fonction publique et une partie du secteur privé s'engagent dans des grèves massives, le 25 novembre 800.000 personnes sont dans la rue, puis 2 millions le 12 décembre. Trois jours plus tard, le plan Juppé est retiré puis revu à la baisse avant d'être adopté par ordonnances en janvier 1996.

Un nouveau monde social



En vérité, depuis 1958, le pouvoir est toujours perdant quand l'épreuve de force devient très dure et s'éternise. Ce fut le cas encore avec le mouvement lycéen contre le contrat d'insertion professionnelle (CIP) en 1994 suspendu par Edouard Balladur après un mois de troubles. Avec les réformes Allègre en 2000 qui conduisirent à son départ du ministère de l'Education nationale sous la pression de Lionel Jospin, alors Premier ministre. Avec la révolte contre le Contrat première embauche (CPE) retiré deux mois après son adoption en raison des manifestations lycéennes et étudiantes. Avec la révolte des bonnets rouges contre l'écotaxe en octobre 2013, abandonnée en rase campagne par François Hollande avec une perte de plus d'un milliard d'euros pour l'Etat.
Il y a certes quelques exemples contraires. Malgré neuf semaines de manifestations, Nicolas Sarkozy impose à l'automne 2010 une réforme des retraites portant l'âge minimum de liquidation des pensions de 60 à 62 ans. Emmanuel Macron, lui-même, a imposé ses lois sur le travail et sa réforme de la SNCF malgré les protestations ou les grèves. Ces deux épreuves l'ont peut-être convaincu qu'il lui fallait, cette fois encore, tenir pour triompher dans la durée. Mais le mouvement des gilets jaunes ne ressemble à aucun autre. Il est l'expression d'une nouvelle forme d'organisation démocratique qui échappe aux règles de la démocratie représentative. Tout y est horizontal et passe par les réseaux sociaux. Résultat, personne n'est vraiment représentatif et légitime pour dialoguer avec le pouvoir.
Bref, vient de surgir un nouveau monde social auquel le pouvoir répond avec une méthode ancienne : d'une part, un acte d'autorité sur le thème « nous ne changerons pas de cap » qui rappelle le ''juppéisme'' de 1995 ; d'autre part, la recherche d'interlocuteurs qui ne seront en fait jamais légitimes. En proposant un dialogue durant trois mois au plus près de la population, le Président avait pourtant sans doute ouvert la meilleure piste pour se reconnecter avec les gilets jaunes et les Français en général mais, en refusant une mesure symbolique comme un moratoire sur les taxes durant ce trimestre d'échange, il est retombé dans les travers qui ont conduit tous les pouvoirs de la Ve République à reculer dans les grandes crises sociales. Loin de gagner du temps, le chef de l'Etat, à son tour, en perd pour lui-même et, surtout, pour le pays dont l'image internationale s'abîme et l'économie souffre. Il voit même s’installer un ''chaos'' comme il l'a dit qui le laisse, pour l'heure, sans voix et sans issue

 Avec une crise sociale sans précédent   il serait temps qu'il dise quelque chose Macron --- ça suffit le mépris _



 
 Notre vie est un voyage constant, de la naissance à la mort, le paysage change, les gens changent, les besoins se transforment, mais le train continue. La vie, c'est le train, ce n'est pas la gare. 
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Message par Zerbinette le Lun 3 Déc - 14:12

On ne refait jamais deux fois la même histoire.........
Et la grève des mineurs est l'anecdote qui vous permet de vous foutre de moi,alors que oui,elle a été dure,et ,oui,je l'ai faite!
Et sans revendications politiques;rien à gagner,mais "tous ensemble"!


." je vis et je pense à mes risques et périls... Ce qui fait que par moments, j' ai l' air d' un imbécile... J' y consens.. Je suis fier de ma bêtise."...V.Hugo.....
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Message par Diviciac le Lun 3 Déc - 14:27

Zerbinette a écrit:On ne refait jamais deux fois la même histoire.........
Et la grève des mineurs est l'anecdote qui vous permet de vous foutre de moi,alors que oui,elle a été dure,et ,oui,je l'ai faite!
Et sans revendications politiques;rien à gagner,mais "tous ensemble"!

Je ne me  fous pas de vous,  Zerbi,  mais j'aurais préféré vous connaitre à cette époque-là, quand votre capacité à espérer sans résignation bougeait encore.   
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Message par Zerbinette le Lun 3 Déc - 14:47

R.V en 2048..........


." je vis et je pense à mes risques et périls... Ce qui fait que par moments, j' ai l' air d' un imbécile... J' y consens.. Je suis fier de ma bêtise."...V.Hugo.....
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Message par frenchy35F le Lun 3 Déc - 15:29

BIEN SÛR QU' IL DOIT S' EN SORTIR...JE N' AI PAS VOTE POUR RIEN.

J' ai déjà écrit ici qu' il doit aussi ajuster son cap et baisser la voilure si les tempêtes sont répétitives...on ne ne peut pas naviguer tout le temps avec le vent dans le nez....nous arriverons au port un peu plus tard ...cela ne sera pas si grave qu' avoir à réparer des avaries....

Je lui maintiens ma confiance car je sais qu' il travaille pour La FRANCE  même si certains tentent de prendre leur revanche....
Mais ces " gens là " ne naviguent " que pour eux....
Mais NOËL approchant ...il faudrait que L' ex droite arrête son double-jeu et que Mr Philippe++ne copient pas trop sur Mr Juppé  ...


Ne faites pas attention à la critique. Elle vient généralement de personnes qui n' ont jamais rien fait d' autre et qui se réjouissent des problèmes de l' Autre...ils justifient ainsi leur paresse pour faire un effort d' adaptation...
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Message par Nadou le Mar 23 Juil - 20:06

Diviciac a écrit:[size=36]Gilets jaunes: Macron peut-il s'en sortir ? [/size]

Comme tous ses prédécesseurs à l'Élysée, le chef de l'Etat, confronté à son tour à une grave crise sociale, veut gagner du temps. Une méthode qui s'est toujours terminée en capitulation après une très coûteuse perte de temps.



Souvent l'Histoire débouche sur l'imprévu. Qui aurait pu imaginer cet épouvantable sac de Paris ce samedi 1er décembre, cette violence aveugle ? Comment peut-on profaner la tombe du soldat inconnu, ce lieu sacré qui rassemble tous les Français, trois semaines après qu'on y a célébré la fin de cette effroyable boucherie que fut la Première guerre mondiale ? Evidemment, ces gilets jaunes venus manifester dans la  capitale ne sont pas tous coupables de ces exactions inacceptables. Une petite minorité les a débordés, transformant cette manifestation en un moment de barbarie. La condamnation indispensable de ces actes ne doit pas, cependant, occulter le malaise profond qui traverse le pays et que le pouvoir doit impérativement à présent traiter sauf à voir la situation se dégrader plus encore.
Certes, cette vague jaune est difficile à cerner car rien ne l'encadre en dépit de toutes les tentatives de récupération. La plus pathétique et la plus indigne est sans doute celle de François Hollande. La plus irresponsable, celle de ces pousse-au-crime que sont l'extrême gauche et l'extrême droite. Plus préoccupant, tous les mécanismes de la démocratie représentative sont, aujourd'hui, en court-circuit face à un phénomène inédit qui, d'ailleurs, était peut-être inscrit dans l'élection même d’Emmanuel Macron.
La grande lessive politique du printemps 2017 sanctionnait, certes, les échecs répétés de l'ancien monde, mais elle révélait aussi une attente sociale immédiate, un ras-le-bol qui, depuis 18 mois, s'est amplifié, de plus en plus compressé comme un gaz dangereux, jusqu'à exploser aujourd'hui. Difficile donc, dans l'atmosphère instable et insaisissable de cette crise, de lui trouver des réponses ou des solutions en explorant les événements sociaux ou politiques du passé. Il faut, d'ailleurs, comme l'a écrit Paul Valéry dans Regards sur le monde actuel, prendre l'Histoire très au sérieux, car on peut y trouver ce qu'on veut pour tout justifier. L'évocation des années 30 et de la peste brune par Christophe Castaner, le ministre de l'Intérieur, et Gérald Darmanin, le ministre de l'Action et des Comptes publics, la semaine dernière, illustre les errements de certaines analogies historiques. Néanmoins, l'examen des multiples révoltes sociales et politiques sous la Ve République montre que la voie pour sortir des périodes de haute tension sociale est toujours très étroite.

Le temps grappillé par le pouvoir est du temps perdu



Le général de Gaulle par deux fois fut ainsi pris dans une impasse. Du 1er mars 1963 au 5 avril de la même année, son gouvernement doit affronter une grève générale des mineurs des Charbonnages de France. Leur principale revendication est un rattrapage salarial de 11% par rapport aux mineurs du secteur privé. Faute de trouver un accord avec les syndicats, le pouvoir réquisitionne les Houillères. Le mouvement se durcit et, au bout de trois mois de troubles, le gouvernement alors dirigé par Georges Pompidou, accusé par sa propre majorité d'insensibilité technocratique, concède une augmentation de 8% alors qu'il proposait 5,77% avant le conflit. Le scénario se reproduit en mai 1968 : devant la révolte étudiante, vite relayée par un immense mouvement ouvrier, le pouvoir cherche à rétablir l'ordre public mais il temporise face à une crise qu'il ne comprend pas. Il gagne donc du temps et finit, grâce à la CGT, par ouvrir une négociation qui débouche après un mois de « chienlit » sur les accords de Grenelle et la plus forte hausse du SMIC (alors appelé le SMIG) jamais accordée : 35% et 10% en moyenne pour les autres salaires ! Un mois de tergiversations, une économie en berne pendant des semaines pour en arriver là, preuve que le temps grappillé par le pouvoir est en fait du temps perdu.
Il en va, d'ailleurs, toujours ainsi : soucieux de préserver leur légitimité démocratique et leur autorité, les gouvernants refusent en général toute marche arrière immédiate quand se lèvent des vents mauvais. Ils pensent gagner à l'usure mais ils se trompent. Adopté en janvier 1984, le projet de loi Savary réformant le financement de l'école privée déclenche une gigantesque protestation puisque 800.000 personnes descendent dans la rue le 4 mars et 1 million 200.000 le 24 juin. Le pouvoir s'arc-boute pendant plus de quatre mois puis, le 12 juillet, le chef de l'Etat, François Mitterrand, sans en prévenir son ministre, retire le projet et fait diversion avec une double promesse de réforme constitutionnelle et de référendum vite oubliée. Certes, il ne reviendra pas sur le sujet mais, comme de Gaulle en 1963, il continuera à gouverner et à réformer. Preuve qu'on peut battre en retraite sans perdre tout crédit pour repartir de l'avant.
La liste noire de ces capitulations est en fait très longue. En novembre-décembre 1986, le projet de loi Devaquet, réformant l'enseignement supérieur, précipite les étudiants dans la rue, un mouvement de masse que Jacques Chirac, alors Premier ministre de cohabitation, tarde à entendre. La crise tourne à la tragédie le 5 décembre avec la mort d'un étudiant, Malik Oussekine. Dès le 8 décembre, le gouvernement retire son projet et Alain Devaquet démissionne. La leçon ne porte guère. A l'automne 1995, alors qu'il est devenu président de la République, Jacques Chirac soutient le plan Juppé sur les retraites et la réforme de la Sécurité sociale. Droit dans ses bottes, selon son expression, le Premier ministre tient à la tribune de l'Assemblée nationale le 15 novembre un discours qui semble aujourd'hui inspirer ceux d'Emmanuel Macron et d'Edouard Philippe: « L'addition des corporatismes qui existent et se manifesteront, je le sais, ne sauraient arrêter notre élan [...] Nous allons réussir ce qu'on n'a pas osé entreprendre depuis 30 ans. Il faut le faire. J'en ai l'intime conviction. Il faut le faire maintenant et il faut le faire ensemble. Ce n'est pas le sort d'un gouvernement qui se joue, c'est un enjeu national qui est en cause. » Dix jours plus tard, la fonction publique et une partie du secteur privé s'engagent dans des grèves massives, le 25 novembre 800.000 personnes sont dans la rue, puis 2 millions le 12 décembre. Trois jours plus tard, le plan Juppé est retiré puis revu à la baisse avant d'être adopté par ordonnances en janvier 1996.

Un nouveau monde social



En vérité, depuis 1958, le pouvoir est toujours perdant quand l'épreuve de force devient très dure et s'éternise. Ce fut le cas encore avec le mouvement lycéen contre le contrat d'insertion professionnelle (CIP) en 1994 suspendu par Edouard Balladur après un mois de troubles. Avec les réformes Allègre en 2000 qui conduisirent à son départ du ministère de l'Education nationale sous la pression de Lionel Jospin, alors Premier ministre. Avec la révolte contre le Contrat première embauche (CPE) retiré deux mois après son adoption en raison des manifestations lycéennes et étudiantes. Avec la révolte des bonnets rouges contre l'écotaxe en octobre 2013, abandonnée en rase campagne par François Hollande avec une perte de plus d'un milliard d'euros pour l'Etat.
Il y a certes quelques exemples contraires. Malgré neuf semaines de manifestations, Nicolas Sarkozy impose à l'automne 2010 une réforme des retraites portant l'âge minimum de liquidation des pensions de 60 à 62 ans. Emmanuel Macron, lui-même, a imposé ses lois sur le travail et sa réforme de la SNCF malgré les protestations ou les grèves. Ces deux épreuves l'ont peut-être convaincu qu'il lui fallait, cette fois encore, tenir pour triompher dans la durée. Mais le mouvement des gilets jaunes ne ressemble à aucun autre. Il est l'expression d'une nouvelle forme d'organisation démocratique qui échappe aux règles de la démocratie représentative. Tout y est horizontal et passe par les réseaux sociaux. Résultat, personne n'est vraiment représentatif et légitime pour dialoguer avec le pouvoir.
Bref, vient de surgir un nouveau monde social auquel le pouvoir répond avec une méthode ancienne : d'une part, un acte d'autorité sur le thème « nous ne changerons pas de cap » qui rappelle le ''juppéisme'' de 1995 ; d'autre part, la recherche d'interlocuteurs qui ne seront en fait jamais légitimes. En proposant un dialogue durant trois mois au plus près de la population, le Président avait pourtant sans doute ouvert la meilleure piste pour se reconnecter avec les gilets jaunes et les Français en général mais, en refusant une mesure symbolique comme un moratoire sur les taxes durant ce trimestre d'échange, il est retombé dans les travers qui ont conduit tous les pouvoirs de la Ve République à reculer dans les grandes crises sociales. Loin de gagner du temps, le chef de l'Etat, à son tour, en perd pour lui-même et, surtout, pour le pays dont l'image internationale s'abîme et l'économie souffre. Il voit même s’installer un ''chaos'' comme il l'a dit qui le laisse, pour l'heure, sans voix et sans issue


C'est marrant ... quand on relit les posts de la fin d'année 2018 ...  Smile


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Macron peut-il s'en sortir ?  Empty Re: Macron peut-il s'en sortir ?

Message par Diviciac le Mar 23 Juil - 20:32

Nadou a écrit:
Diviciac a écrit:[size=36]Gilets jaunes: Macron peut-il s'en sortir ? [/size]

Comme tous ses prédécesseurs à l'Élysée, le chef de l'Etat, confronté à son tour à une grave crise sociale, veut gagner du temps. Une méthode qui s'est toujours terminée en capitulation après une très coûteuse perte de temps.





Souvent l'Histoire débouche sur l'imprévu. Qui aurait pu imaginer cet épouvantable sac de Paris ce samedi 1er décembre, cette violence aveugle ? Comment peut-on profaner la tombe du soldat inconnu, ce lieu sacré qui rassemble tous les Français, trois semaines après qu'on y a célébré la fin de cette effroyable boucherie que fut la Première guerre mondiale ? Evidemment, ces gilets jaunes venus manifester dans la  capitale ne sont pas tous coupables de ces exactions inacceptables. Une petite minorité les a débordés, transformant cette manifestation en un moment de barbarie. La condamnation indispensable de ces actes ne doit pas, cependant, occulter le malaise profond qui traverse le pays et que le pouvoir doit impérativement à présent traiter sauf à voir la situation se dégrader plus encore.
Certes, cette vague jaune est difficile à cerner car rien ne l'encadre en dépit de toutes les tentatives de récupération. La plus pathétique et la plus indigne est sans doute celle de François Hollande. La plus irresponsable, celle de ces pousse-au-crime que sont l'extrême gauche et l'extrême droite. Plus préoccupant, tous les mécanismes de la démocratie représentative sont, aujourd'hui, en court-circuit face à un phénomène inédit qui, d'ailleurs, était peut-être inscrit dans l'élection même d’Emmanuel Macron.
La grande lessive politique du printemps 2017 sanctionnait, certes, les échecs répétés de l'ancien monde, mais elle révélait aussi une attente sociale immédiate, un ras-le-bol qui, depuis 18 mois, s'est amplifié, de plus en plus compressé comme un gaz dangereux, jusqu'à exploser aujourd'hui. Difficile donc, dans l'atmosphère instable et insaisissable de cette crise, de lui trouver des réponses ou des solutions en explorant les événements sociaux ou politiques du passé. Il faut, d'ailleurs, comme l'a écrit Paul Valéry dans Regards sur le monde actuel, prendre l'Histoire très au sérieux, car on peut y trouver ce qu'on veut pour tout justifier. L'évocation des années 30 et de la peste brune par Christophe Castaner, le ministre de l'Intérieur, et Gérald Darmanin, le ministre de l'Action et des Comptes publics, la semaine dernière, illustre les errements de certaines analogies historiques. Néanmoins, l'examen des multiples révoltes sociales et politiques sous la Ve République montre que la voie pour sortir des périodes de haute tension sociale est toujours très étroite.

Le temps grappillé par le pouvoir est du temps perdu





Le général de Gaulle par deux fois fut ainsi pris dans une impasse. Du 1er mars 1963 au 5 avril de la même année, son gouvernement doit affronter une grève générale des mineurs des Charbonnages de France. Leur principale revendication est un rattrapage salarial de 11% par rapport aux mineurs du secteur privé. Faute de trouver un accord avec les syndicats, le pouvoir réquisitionne les Houillères. Le mouvement se durcit et, au bout de trois mois de troubles, le gouvernement alors dirigé par Georges Pompidou, accusé par sa propre majorité d'insensibilité technocratique, concède une augmentation de 8% alors qu'il proposait 5,77% avant le conflit. Le scénario se reproduit en mai 1968 : devant la révolte étudiante, vite relayée par un immense mouvement ouvrier, le pouvoir cherche à rétablir l'ordre public mais il temporise face à une crise qu'il ne comprend pas. Il gagne donc du temps et finit, grâce à la CGT, par ouvrir une négociation qui débouche après un mois de « chienlit » sur les accords de Grenelle et la plus forte hausse du SMIC (alors appelé le SMIG) jamais accordée : 35% et 10% en moyenne pour les autres salaires ! Un mois de tergiversations, une économie en berne pendant des semaines pour en arriver là, preuve que le temps grappillé par le pouvoir est en fait du temps perdu.
Il en va, d'ailleurs, toujours ainsi : soucieux de préserver leur légitimité démocratique et leur autorité, les gouvernants refusent en général toute marche arrière immédiate quand se lèvent des vents mauvais. Ils pensent gagner à l'usure mais ils se trompent. Adopté en janvier 1984, le projet de loi Savary réformant le financement de l'école privée déclenche une gigantesque protestation puisque 800.000 personnes descendent dans la rue le 4 mars et 1 million 200.000 le 24 juin. Le pouvoir s'arc-boute pendant plus de quatre mois puis, le 12 juillet, le chef de l'Etat, François Mitterrand, sans en prévenir son ministre, retire le projet et fait diversion avec une double promesse de réforme constitutionnelle et de référendum vite oubliée. Certes, il ne reviendra pas sur le sujet mais, comme de Gaulle en 1963, il continuera à gouverner et à réformer. Preuve qu'on peut battre en retraite sans perdre tout crédit pour repartir de l'avant.
La liste noire de ces capitulations est en fait très longue. En novembre-décembre 1986, le projet de loi Devaquet, réformant l'enseignement supérieur, précipite les étudiants dans la rue, un mouvement de masse que Jacques Chirac, alors Premier ministre de cohabitation, tarde à entendre. La crise tourne à la tragédie le 5 décembre avec la mort d'un étudiant, Malik Oussekine. Dès le 8 décembre, le gouvernement retire son projet et Alain Devaquet démissionne. La leçon ne porte guère. A l'automne 1995, alors qu'il est devenu président de la République, Jacques Chirac soutient le plan Juppé sur les retraites et la réforme de la Sécurité sociale. Droit dans ses bottes, selon son expression, le Premier ministre tient à la tribune de l'Assemblée nationale le 15 novembre un discours qui semble aujourd'hui inspirer ceux d'Emmanuel Macron et d'Edouard Philippe: « L'addition des corporatismes qui existent et se manifesteront, je le sais, ne sauraient arrêter notre élan [...] Nous allons réussir ce qu'on n'a pas osé entreprendre depuis 30 ans. Il faut le faire. J'en ai l'intime conviction. Il faut le faire maintenant et il faut le faire ensemble. Ce n'est pas le sort d'un gouvernement qui se joue, c'est un enjeu national qui est en cause. » Dix jours plus tard, la fonction publique et une partie du secteur privé s'engagent dans des grèves massives, le 25 novembre 800.000 personnes sont dans la rue, puis 2 millions le 12 décembre. Trois jours plus tard, le plan Juppé est retiré puis revu à la baisse avant d'être adopté par ordonnances en janvier 1996.

Un nouveau monde social





En vérité, depuis 1958, le pouvoir est toujours perdant quand l'épreuve de force devient très dure et s'éternise. Ce fut le cas encore avec le mouvement lycéen contre le contrat d'insertion professionnelle (CIP) en 1994 suspendu par Edouard Balladur après un mois de troubles. Avec les réformes Allègre en 2000 qui conduisirent à son départ du ministère de l'Education nationale sous la pression de Lionel Jospin, alors Premier ministre. Avec la révolte contre le Contrat première embauche (CPE) retiré deux mois après son adoption en raison des manifestations lycéennes et étudiantes. Avec la révolte des bonnets rouges contre l'écotaxe en octobre 2013, abandonnée en rase campagne par François Hollande avec une perte de plus d'un milliard d'euros pour l'Etat.
Il y a certes quelques exemples contraires. Malgré neuf semaines de manifestations, Nicolas Sarkozy impose à l'automne 2010 une réforme des retraites portant l'âge minimum de liquidation des pensions de 60 à 62 ans. Emmanuel Macron, lui-même, a imposé ses lois sur le travail et sa réforme de la SNCF malgré les protestations ou les grèves. Ces deux épreuves l'ont peut-être convaincu qu'il lui fallait, cette fois encore, tenir pour triompher dans la durée. Mais le mouvement des gilets jaunes ne ressemble à aucun autre. Il est l'expression d'une nouvelle forme d'organisation démocratique qui échappe aux règles de la démocratie représentative. Tout y est horizontal et passe par les réseaux sociaux. Résultat, personne n'est vraiment représentatif et légitime pour dialoguer avec le pouvoir.
Bref, vient de surgir un nouveau monde social auquel le pouvoir répond avec une méthode ancienne : d'une part, un acte d'autorité sur le thème « nous ne changerons pas de cap » qui rappelle le ''juppéisme'' de 1995 ; d'autre part, la recherche d'interlocuteurs qui ne seront en fait jamais légitimes. En proposant un dialogue durant trois mois au plus près de la population, le Président avait pourtant sans doute ouvert la meilleure piste pour se reconnecter avec les gilets jaunes et les Français en général mais, en refusant une mesure symbolique comme un moratoire sur les taxes durant ce trimestre d'échange, il est retombé dans les travers qui ont conduit tous les pouvoirs de la Ve République à reculer dans les grandes crises sociales. Loin de gagner du temps, le chef de l'Etat, à son tour, en perd pour lui-même et, surtout, pour le pays dont l'image internationale s'abîme et l'économie souffre. Il voit même s’installer un ''chaos'' comme il l'a dit qui le laisse, pour l'heure, sans voix et sans issue


C'est marrant ... quand on relit les posts de la fin d'année 2018 ...  Smile

En effet : si Manu avait lu ce texte le 3 décembre  il aurait économisé 7 mois de manifs, des centaines de blessés et des millions de dégâts.  

Ce  n'est pas parce que BFM n'en parle plus que c'est fini : des manifs, il y en a encore eu samedi dernier et au moins trois flics ont été blessés.
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Message par ledevois le Mar 23 Juil - 20:35

Nadou a écrit:
Diviciac a écrit:[size=36]Gilets jaunes: Macron peut-il s'en sortir ? [/size]

Comme tous ses prédécesseurs à l'Élysée, le chef de l'Etat, confronté à son tour à une grave crise sociale, veut gagner du temps. Une méthode qui s'est toujours terminée en capitulation après une très coûteuse perte de temps.





Souvent l'Histoire débouche sur l'imprévu. Qui aurait pu imaginer cet épouvantable sac de Paris ce samedi 1er décembre, cette violence aveugle ? Comment peut-on profaner la tombe du soldat inconnu, ce lieu sacré qui rassemble tous les Français, trois semaines après qu'on y a célébré la fin de cette effroyable boucherie que fut la Première guerre mondiale ? Evidemment, ces gilets jaunes venus manifester dans la  capitale ne sont pas tous coupables de ces exactions inacceptables. Une petite minorité les a débordés, transformant cette manifestation en un moment de barbarie. La condamnation indispensable de ces actes ne doit pas, cependant, occulter le malaise profond qui traverse le pays et que le pouvoir doit impérativement à présent traiter sauf à voir la situation se dégrader plus encore.
Certes, cette vague jaune est difficile à cerner car rien ne l'encadre en dépit de toutes les tentatives de récupération. La plus pathétique et la plus indigne est sans doute celle de François Hollande. La plus irresponsable, celle de ces pousse-au-crime que sont l'extrême gauche et l'extrême droite. Plus préoccupant, tous les mécanismes de la démocratie représentative sont, aujourd'hui, en court-circuit face à un phénomène inédit qui, d'ailleurs, était peut-être inscrit dans l'élection même d’Emmanuel Macron.
La grande lessive politique du printemps 2017 sanctionnait, certes, les échecs répétés de l'ancien monde, mais elle révélait aussi une attente sociale immédiate, un ras-le-bol qui, depuis 18 mois, s'est amplifié, de plus en plus compressé comme un gaz dangereux, jusqu'à exploser aujourd'hui. Difficile donc, dans l'atmosphère instable et insaisissable de cette crise, de lui trouver des réponses ou des solutions en explorant les événements sociaux ou politiques du passé. Il faut, d'ailleurs, comme l'a écrit Paul Valéry dans Regards sur le monde actuel, prendre l'Histoire très au sérieux, car on peut y trouver ce qu'on veut pour tout justifier. L'évocation des années 30 et de la peste brune par Christophe Castaner, le ministre de l'Intérieur, et Gérald Darmanin, le ministre de l'Action et des Comptes publics, la semaine dernière, illustre les errements de certaines analogies historiques. Néanmoins, l'examen des multiples révoltes sociales et politiques sous la Ve République montre que la voie pour sortir des périodes de haute tension sociale est toujours très étroite.

Le temps grappillé par le pouvoir est du temps perdu





Le général de Gaulle par deux fois fut ainsi pris dans une impasse. Du 1er mars 1963 au 5 avril de la même année, son gouvernement doit affronter une grève générale des mineurs des Charbonnages de France. Leur principale revendication est un rattrapage salarial de 11% par rapport aux mineurs du secteur privé. Faute de trouver un accord avec les syndicats, le pouvoir réquisitionne les Houillères. Le mouvement se durcit et, au bout de trois mois de troubles, le gouvernement alors dirigé par Georges Pompidou, accusé par sa propre majorité d'insensibilité technocratique, concède une augmentation de 8% alors qu'il proposait 5,77% avant le conflit. Le scénario se reproduit en mai 1968 : devant la révolte étudiante, vite relayée par un immense mouvement ouvrier, le pouvoir cherche à rétablir l'ordre public mais il temporise face à une crise qu'il ne comprend pas. Il gagne donc du temps et finit, grâce à la CGT, par ouvrir une négociation qui débouche après un mois de « chienlit » sur les accords de Grenelle et la plus forte hausse du SMIC (alors appelé le SMIG) jamais accordée : 35% et 10% en moyenne pour les autres salaires ! Un mois de tergiversations, une économie en berne pendant des semaines pour en arriver là, preuve que le temps grappillé par le pouvoir est en fait du temps perdu.
Il en va, d'ailleurs, toujours ainsi : soucieux de préserver leur légitimité démocratique et leur autorité, les gouvernants refusent en général toute marche arrière immédiate quand se lèvent des vents mauvais. Ils pensent gagner à l'usure mais ils se trompent. Adopté en janvier 1984, le projet de loi Savary réformant le financement de l'école privée déclenche une gigantesque protestation puisque 800.000 personnes descendent dans la rue le 4 mars et 1 million 200.000 le 24 juin. Le pouvoir s'arc-boute pendant plus de quatre mois puis, le 12 juillet, le chef de l'Etat, François Mitterrand, sans en prévenir son ministre, retire le projet et fait diversion avec une double promesse de réforme constitutionnelle et de référendum vite oubliée. Certes, il ne reviendra pas sur le sujet mais, comme de Gaulle en 1963, il continuera à gouverner et à réformer. Preuve qu'on peut battre en retraite sans perdre tout crédit pour repartir de l'avant.
La liste noire de ces capitulations est en fait très longue. En novembre-décembre 1986, le projet de loi Devaquet, réformant l'enseignement supérieur, précipite les étudiants dans la rue, un mouvement de masse que Jacques Chirac, alors Premier ministre de cohabitation, tarde à entendre. La crise tourne à la tragédie le 5 décembre avec la mort d'un étudiant, Malik Oussekine. Dès le 8 décembre, le gouvernement retire son projet et Alain Devaquet démissionne. La leçon ne porte guère. A l'automne 1995, alors qu'il est devenu président de la République, Jacques Chirac soutient le plan Juppé sur les retraites et la réforme de la Sécurité sociale. Droit dans ses bottes, selon son expression, le Premier ministre tient à la tribune de l'Assemblée nationale le 15 novembre un discours qui semble aujourd'hui inspirer ceux d'Emmanuel Macron et d'Edouard Philippe: « L'addition des corporatismes qui existent et se manifesteront, je le sais, ne sauraient arrêter notre élan [...] Nous allons réussir ce qu'on n'a pas osé entreprendre depuis 30 ans. Il faut le faire. J'en ai l'intime conviction. Il faut le faire maintenant et il faut le faire ensemble. Ce n'est pas le sort d'un gouvernement qui se joue, c'est un enjeu national qui est en cause. » Dix jours plus tard, la fonction publique et une partie du secteur privé s'engagent dans des grèves massives, le 25 novembre 800.000 personnes sont dans la rue, puis 2 millions le 12 décembre. Trois jours plus tard, le plan Juppé est retiré puis revu à la baisse avant d'être adopté par ordonnances en janvier 1996.

Un nouveau monde social





En vérité, depuis 1958, le pouvoir est toujours perdant quand l'épreuve de force devient très dure et s'éternise. Ce fut le cas encore avec le mouvement lycéen contre le contrat d'insertion professionnelle (CIP) en 1994 suspendu par Edouard Balladur après un mois de troubles. Avec les réformes Allègre en 2000 qui conduisirent à son départ du ministère de l'Education nationale sous la pression de Lionel Jospin, alors Premier ministre. Avec la révolte contre le Contrat première embauche (CPE) retiré deux mois après son adoption en raison des manifestations lycéennes et étudiantes. Avec la révolte des bonnets rouges contre l'écotaxe en octobre 2013, abandonnée en rase campagne par François Hollande avec une perte de plus d'un milliard d'euros pour l'Etat.
Il y a certes quelques exemples contraires. Malgré neuf semaines de manifestations, Nicolas Sarkozy impose à l'automne 2010 une réforme des retraites portant l'âge minimum de liquidation des pensions de 60 à 62 ans. Emmanuel Macron, lui-même, a imposé ses lois sur le travail et sa réforme de la SNCF malgré les protestations ou les grèves. Ces deux épreuves l'ont peut-être convaincu qu'il lui fallait, cette fois encore, tenir pour triompher dans la durée. Mais le mouvement des gilets jaunes ne ressemble à aucun autre. Il est l'expression d'une nouvelle forme d'organisation démocratique qui échappe aux règles de la démocratie représentative. Tout y est horizontal et passe par les réseaux sociaux. Résultat, personne n'est vraiment représentatif et légitime pour dialoguer avec le pouvoir.
Bref, vient de surgir un nouveau monde social auquel le pouvoir répond avec une méthode ancienne : d'une part, un acte d'autorité sur le thème « nous ne changerons pas de cap » qui rappelle le ''juppéisme'' de 1995 ; d'autre part, la recherche d'interlocuteurs qui ne seront en fait jamais légitimes. En proposant un dialogue durant trois mois au plus près de la population, le Président avait pourtant sans doute ouvert la meilleure piste pour se reconnecter avec les gilets jaunes et les Français en général mais, en refusant une mesure symbolique comme un moratoire sur les taxes durant ce trimestre d'échange, il est retombé dans les travers qui ont conduit tous les pouvoirs de la Ve République à reculer dans les grandes crises sociales. Loin de gagner du temps, le chef de l'Etat, à son tour, en perd pour lui-même et, surtout, pour le pays dont l'image internationale s'abîme et l'économie souffre. Il voit même s’installer un ''chaos'' comme il l'a dit qui le laisse, pour l'heure, sans voix et sans issue


C'est marrant ... quand on relit les posts de la fin d'année 2018 ...  Smile

 Comment peut il finir ce qu'il n'à pas commencé --toute les mesures sont pour 2025 --ah-!ah! ah! 



 
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