Le choc de la Réforme

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Le choc de la Réforme

Message par Invité le Mar 31 Oct - 18:07

Bénédicte Lutaud - publié le 27/02/2017

Déjà divisée par l'action de Luther, l'Europe est ensuite tiraillée en profondeur par la diffusion des idées de Calvin. La nécessité de rétablir l'unité de foi, perçue comme garante de la stabilité politique et sociale, engendre de graves conflits. 


Très rapidement, le succès de Luther dépasse les frontières de l'Empire germanique. Les idées du moine allemand font notamment fureur en Europe du Nord, avec la création de véritables Églises nationales.
Ainsi, le Danemark se convertit à la Réforme en 1530 avec Hans Tausen, ancien étudiant de l'université allemande de Wittenberg où enseigna Luther. Six ans plus tard, une Église d'État dano-norvégienne se crée. La Suède et la Finlande basculent à leur tour dans la foi réformée avec les frères Olaf et Laurent Petri, eux aussi anciens étudiants de Luther, dès 1518. En 1544, le royaume de Suède est officiellement luthérien.
Dans une Europe déjà fragmentée entre catholiques et luthériens, la diffusion du calvinisme va davantage brouiller les cartes. Avec l'aide des imprimeurs de Genève, et d'une académie fondée en 1559 chargée de former des pasteurs, la doctrine de Jean Calvin (1509-1564) se répand elle aussi sur le Vieux continent. Genève devient un foyer missionnaire de premier plan. Avec les prédications de Pierre Brully, puis de Guy de Brès, le calvinisme gagne du terrain aux Pays-Bas, puis poursuit sa route en Écosse, sous l'impulsion de John Knox, qui a séjourné à Genève auprès de Calvin, après avoir été le chapelain du roi d'Angleterre Édouard VI. En août 1560, le Parlement adopte la confession de foi calviniste que Knox a rédigée et en décembre, la première assemblée de l'Église réformée écossaise abolit l'épiscopat et instaure deux ministères : pasteurs et anciens.
  En Angleterre, les idées de Calvin accélèrent un processus commencé dès 1527, quand Henri VIII demande l'annulation de son mariage, et répond à l'excommunication du pape en faisant voter au parlement un « acte de suprématie », faisant de lui le chef suprême de l'Église. Cependant, il faut attendre le règne d'Élisabeth Ire (1558 -1603) pour l'instauration officielle de l'Église anglicane : un dogme inspiré du calvinisme, avec une liturgie et une ecclésiologie [doctrine de l'Église, ndlr] héritées du catholicisme. Mais le calvinisme séduit aussi en France, terre natale de Calvin. En 1559, un premier synode des Églises réformées de France, réuni à Paris, adopte une confession de foi et des disciplines inspirées de celles de Genève. Peu à peu, les réformés s'organisent en parti politique, laissant présager les troubles à venir...

Le temps des troubles

Dans le Saint Empire romain germanique aussi, le conflit religieux suscité par Luther prend des allures politiques : les États territoriaux remettent en cause la souveraineté de l'empereur, défenseur de la foi catholique romaine. L'élection de l'Espagnol Charles Quint va changer la donne. L'empereur rêve de rétablir, face aux villes et aux princes qui choisissent la Réforme, l'unité catholique et impériale. Il tente un compromis territorial en 1555 avec la paix d'Augsbourg : le peuple doit adopter la religion de son prince, selon le principe « Cujus regio, ejus religio » (« tel prince, telle religion »). Mais le calvinisme n'est pas reconnu par ce traité. Son arrivée bouleverse le statu quo difficilement atteint et entraîne, dans toute l'Europe, une nouvelle dynamique d'affrontement. Au cours des années 1560, l'aggravation des dissensions religieuses et l'affaiblissement de l'État font basculer la France et les Pays-Bas dans la guerre civile. Avec le précédent Luther, les catholiques sont plus méfiants. La persécution redouble d'ampleur. Les violences, non seulement des autorités, mais aussi de la part des populations, se multiplient. Dans le même temps, princes et grandes familles entendent profiter de la fragilité des souverains pour influencer la politique. C'est la France qui s'embrase la première. En janvier 1562, Catherine de Médicis reconnaît officiellement le protestantisme par l'édit de Saint-Germain. Les protestants peuvent célébrer le culte, mais hors des villes. Le texte, arrivé trop tard, ne convainc ni les protestants, ni les catholiques. Le 1er mars 1562, le duc de Guise surprend un culte protestant à Vassy : une violation de l'édit ! Son escorte armée disperse l'assemblée, faisant des dizaines de morts. À l'appel du prince de Condé, les protestants prennent les armes. La guerre commence. Elle ouvre une longue période de troubles jusqu'aux années 1590.

La France dans un bain de sang

Cette guerre civile subit aussi l'influence des événements internationaux, notamment de la révolte des sujets de Philippe II d'Espagne aux Pays-Bas à l'été 1566 : des bandes d'iconoclastes dévastent les églises. La répression du duc d'Albe orchestrée par Philippe II et la violence de l'Inquisition rapprochent l'opposition aristocratique des dissidents religieux. À leur tour, les Pays-Bas sombrent dans la guerre civile. Guillaume d'Orange et l'aristocratie - appelés par dérision « les Gueux » - ouvrent la Guerre de Quatre-Vingts Ans (1568-1648) contre les Espagnols. En 1579, deux coalitions rivales apparaissent. L'union d'Arras rassemble sous l'autorité du roi les provinces du sud en majorité catholiques, tandis que l'union d'Utrecht regroupe les sept provinces du nord, qui instaurent la liberté de culte. Le conflit se poursuivra jusqu'à la partition des Pays-Bas, en 1588. En France, pendant ce temps, chaque camp bénéficie d'aides étrangères : pour les protestants, celle du prince d'Orange (aux Pays-Bas) et celle d'Élisabeth d'Angleterre qui finance l'expédition du comte palatin Wolfang, venu aider les protestants français ; pour les catholiques, celles du roi d'Espagne, du pape et du duc de Toscane. La scission de l'Europe est déjà actée... La saison des Saint-Barthélémy exacerbe les tensions en France, y compris chez ses voisins européens. Du 23 au 24 août 1572, nuit de la Saint-Barthélémy, des hommes armés forcent la demeure du chef du parti protestant, l'amiral de Coligny, et le tuent. Au Louvre, des protestants logés dans le palais sont massacrés. À l'aube, le peuple de Paris prend le relais. On compte jusqu'à 3 000 morts dans la capitale. Jusqu'à l'automne, le massacre fait tache d'huile dans de nombreuses villes. Les réactions des souverains européens sont on ne peut plus contrastées : le pape fait allumer des feux de joie et le roi d'Espagne se réjouit, mais la reine d'Angleterre, des princes allemands et de certains cantons suisses, eux, crient au scandale. Au final, les Saint-Barthélémy auront fait près de 10 000 morts. Pourtant, le protestantisme tient tête. Il faudra attendre Henri IV et l'édit de Nantes, en avril 1598, pour rétablir la paix. Mettant fin à des décennies de guerres de religion, le texte proclame la liberté de conscience, reconnaît des droits aux protestants et leur assure une certaine protection.

La tunique déchirée

En une génération, la carte confessionnelle de l'Europe s'est considérablement brouillée. La « tunique sans couture » que célébraient les auteurs chrétiens laisse désormais place à une mosaïque de blocs plus ou moins homogènes. De nouvelles « Rome » surgissent : Wittenberg - jusqu'à la mort de Luther -, Londres, et surtout Genève. Dans cette nouvelle carte religieuse morcelée, apparaît cependant un contraste net entre une Europe du Nord en majorité protestante (nord du Saint Empire, Scandinavie, Écosse et Angleterre), et une Europe du Sud restée attachée au catholicisme (Italie, péninsule Ibérique, Allemagne du Sud). Entre les deux subsiste une zone d'affrontement, des Pays-Bas au Luxembourg, en traversant l'Alsace et la Lorraine, pour descendre jusqu'en Franche-Comté. Cette frontière poreuse semble suggérer que les régions les plus anciennement christianisées, et plus proches de Rome géographiquement, sont restées fidèles au catholicisme. Au début du XVIe siècle, ces « deux Europe » s'affronteront à nouveau lors de la Guerre de Trente Ans, où chaque monarchie choisit - souvent par intérêt politique - son camp religieux : le Danemark et la Suède soutiennent les armées protestantes, ainsi que la France, qui, bien que catholique, souhaite contrer les Habsbourg, soutenus eux, par l'Espagne, le Saint-Empire et la papauté... La paix de Westphalie, en 1648, remodèle à nouveau une partie de l'Europe, mais le contraste reste le même. Ce paysage religieux éclaté du Vieux continent ressemble étonnamment à celui dans lequel nous vivons encore aujourd'hui. 

ANECDOTE

18 août 1572. Le mariage à Paris d'Henri III de Navarre, protestant, et Marguerite de Valois, catholique, censé symboliser la réconciliation, se révèle explosif. La présence des chefs huguenots venus pour la cérémonie exacerbe les tensions . Cinq jours plus tard, c'est le massacre de la Saint-Barthélemy . Au final, leS Saint-Barthélemy auront fait près de 10 000 morts en France ! Pourtant, le protestantisme tient tête .

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